Hommage

François Wittgenstein


François Wittgenstein — 1931-2015

François Wittgenstein, bien connu pour ses travaux sur plusieurs générations d’aimants au CERN, nous a quittés le 1er mai.

François avait obtenu son diplôme d’ingénieur électricien à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich en 1955 à l’âge de 24 ans.  Il débuta sa carrière dans l’industrie par un poste chez Oerlikon (Maschinen Fabrik Oerlikon Zürich) où il travailla tout d’abord sur des locomotives électriques puis sur des aimants.  En 1961 il rejoignit le CERN pour participer aux calculs de l’aimant de la chambre à bulles de 2 mètres, avant de prendre la responsabilité de différents projets en rapport avec les faisceaux alimentant les chambres à bulles: aimants, collimateurs et même un séparateur électrostatique.

En 1966, François rejoignit dès ses débuts le projet de Grande Chambre à Bulles Européenne (BEBC) — un programme spécial franco-allemand-CERN — mis sur pied au CERN au début des années 1960.  De par son expérience d’ingénieur électricien dans l’industrie, c’est à François que fut confiée la charge de mettre en place un groupe technique au sein du projet BEBC qui aurait la responsabilité de l’étude et de la construction d’un très grand aimant supraconducteur.  Ce dernier devait produire un champ magnétique de 3.5 T, uniforme sur les 35 m3 de volume sensible de la chambre à bulles.  Une énergie emmagasinée de 800 MJ pour un seul aimant fut un record à cette époque et le resta jusqu’à la fin du 20e siècle. Durant toutes ces années et jusqu’à l’arrêt de BEBC, François et son équipe supervisèrent l’opération correcte de leur grand aimant.

Après la fermeture de BEBC en 1984 et le début de la construction du Grand Collisionneur Electron-Positon (LEP) au CERN, François et son équipe entreprirent de nouveau de construire un aimant encore plus grand.  Cette fois l’aimant n’était plus supraconducteur mais le défi n’était pas moindre — en particulier l’assemblage des énormes bobines en aluminium pour créer le volume magnétique de l’expérience L3.  Cet aimant gigantesque est toujours partie intégrante de l’expérience ALICE au point 2 du LHC.

Au début des années 1990, François poussa fortement les premiers développements des grands conducteurs requis pour les expériences proposées au LHC.  En plus de nombreux essais en relation avec les paramètres d’extrusion, il joua un rôle essentiel, en collaboration avec l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich, dans le développement du système de contrôle-qualité en ligne du conducteur, en particulier, de sa géométrie et de la qualité de la jonction entre le câble en cuivre et le stabilisateur en aluminium.  Il continua à porter un intérêt actif pour ce sujet au-delà de l’âge de la retraite, c’est pourquoi, après l’approbation des expériences LHC, il fut nommé membre du Groupe Consultatif Aimant pour en superviser la construction jusqu’au début des années 2000.

Après avoir pris sa retraite en 1996, François participa également de manière très active aux travaux du Groupement des Anciens du CERN et de l’ESO (GAC-EPA).   Après plusieurs années passées en tant qu’observateur au sein du Conseil d’Administration de la Caisse de Pensions, il fut nommé formellement premier représentant du GAC-EPA au Conseil d’Administration, lorsque la nouvelle gouvernance de la Caisse fut introduite en 2006.  Durant cette période il eut à affronter des sujets souvent sensibles et des situations parfois turbulentes, mais ses contributions compétentes et son engagement déterminé ont été largement reconnus et appréciés de toutes parts.

François tu étais un vrai cernois — tu nous manqueras mais nous garderons ton souvenir.

Ses collègues et amis