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Hommage James Allaby

C’est avec étonnement et tristesse que nous avons appris le décès de Jim Allaby survenu le 7 avril.  Jim est né à Preston, Angleterre, en octobre 1936.  Après l’obtention de son diplôme de physique au King’s College, il se rendit à Liverpool pour obtenir son PhD au synchrocyclotron de l’Université.  Ce fut sa première expérience sur la collision proton-proton ainsi que le début d’une amitié de toute une vie avec Bert Diddens, Attaché au CERN.

Au début des années 60, Jim se rendit au SLAC où il travailla avec Dave Ritson sur les collisions non élastiques des électrons.  Ritson appréciait beaucoup le calme de Jim et son approche systématique de chaque problème.  Il fut donc tout naturel pour Jim de rendre visite au SLAC par la suite et pour Ritson de rejoindre la collaboration DELPHI dans les années 90.

Jim vint au CERN en été 1965.  Il rejoignit le Groupe de Giuseppe Cocconi, Bert Diddens et Alan Wetherell qui préparaient des expériences de collision proton-proton, sur un faisceau à extraction lente, aux énergies les plus hautes du PS.  Ceci a conduit à la découverte de structures de collision à angle large et au comportement “disque noir” des collisions élastiques.  Jim avait une très bonne maîtrise de la langue anglaise et était l’éditeur soigneux des publications correspondantes, comme il le fut pour beaucoup d’expériences par la suite.

En 1968, un Groupe CERN, piloté par Alan, Bert et Jim, ouvrit une collaboration pour étudier la production de particules et la section croisée hadron-hadron au nouvel accélérateur 70 GeV de Serpukhov.  Jim entreprit cette mission avec sérieux et étudia le russe, bien mieux que les autres.  La bureaucratie était omniprésente et les gens à Protvino n’étaient pas autorisés à avoir des contacts non professionnels avec l’équipe CERN, mais Jim excellait à dépasser cela, grâce à son caractère, son entregent et sa connaissance de la langue.

Le rôle de Jim dans les relations avec l’Europe de l’Est continua pendant le temps du SPS, dans le cadre du Comité Scientifique Commun pour la cooperation entre CERN et IHEP.  Plus tard, il fut co-président d’un comité similaire pour la coopération entre CERN et JINR.

En 1970, le Groupe CERN rejoignit le Groupe Rome-ISS (Istituto Superiore di Sanità) qui avait proposé d’étudier les collisions élastiques à faible angle sur les ISR (Intersection Storage Rings) alors en voie de finition, en utilisant la technique connue comme “Romans Pots”.

Jim participa à la phase initiale de l’expérience:  plusieurs découvertes en résultèrent y compris l’intersection croissante proton-proton.  Dans le meme temps, il s’impliqua de plus en plus au service de la communauté de la physique, comme coordinateur PS en 1970 et plus tard comme membre du groupe préparant le programme d’expériences du SPS.  John Adams le nomma alors Coordinateur de la Physique dans ce programme, en étroite collaboration avec les Groupes Expérimentaux Locaux, et le chargea d’attribuer les zones et les faisceaux.  Cette coopération fructueuse a conduit à l’élaboration de la configuration initiale des faisceaux et à tous les appareils de détection et d’identification nécessaires.  Dans cette activité, Jim déploya les qualités particulières de quelqu’un toujours prêt à servir sa communauté en ajustant sa propre vision des choses, et en proposant des compromis et des décisions raisonnables pour ne pas fâcher ses partenaires.

L’intérêt personnel de Jim au SPS le portait vers les études sur les interactions à courant neutre du neutrino, réalisées par la Collaboration CERN-Hambourg-Amsterdam-Rome-Moscou (CHARM).  Ceci incluait des tests sur la nature des interactions à charge de courant, fondées sur la mesure de la polarisation des muons produits dans la faisceau du calorimeter fer de l’expérience CDHS.  Ceci demandait de transformer le calorimetre en marbre de 400 tonnes de CHARM en un polarimètre muon. Jim fut très actif dans la construction du détecteur et, en particulier, dans sa transformation.

A la fin des années 70, Jim devint l’un des pères fondateurs de l’expérience DELPHI.  Il a joué un rôle important dans la conception du détecteur RICH pendant la phase qui a conduit du détecteur initial sphérique à la version cylindrique finale.  DELPHI a été la première collaboration à intégrer plusieurs divisions du CERN et dans laquelle les responsabilités du Chef de “Groupe CERN” étaient distinctes de celles du porte-parole. Jim en fut le Chef de Groupe pendant plusieurs années avec son engagement, son efficacité et son style de direction amical usuels.  En parallèle, il gérait le Projet d’Acquisition de Données DELPHI depuis sa conception jusqu’à sa réalisation en 1989.  Jim fut nommé Chef de Division quand Carlo Rubbia était Directeur général, et dans ces fonctions il assura un ferme soutien au programme LEP.  Il fut aussi chargé des relations avec les Etats non membres.

Après son mandat de Chef de Division, Jim a rejoint la Collabaration L3 au LEP.  Il fit des contributions importantes à beaucoup des publications sur le L3 et fut Président du Comité de Publication L3.  Après L3 il a travaillé sur l’expérience AMS en participant à la préparation du premier vol de la navette AMS,ainsi que pour la mission AMS dans la Station Spaciale Internationale.

A sa retraite, Jim est devenu membre du Comité de l’Association des Pensionnés CERN-ESO (GAC-EPA), cette fois encore dans un esprit de service à la communauté des pensionnés du CERN et de leur famille.

Nous partageons la tristesse de sa famille et nous adressons nos plus sincères condoléances à Jean et Mark.

Ses collègues et amis

Jean et Mark Allaby adressent leurs remerciements à tous ceux qui ont assisté aux funérailles de Jim.  Ils expriment leur gratitude pour tous les gentils messages, les cartes de condoléances et pour les dons généreux à la Recherche contre le Cancer.

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Hommage Gordon Munday

Gordon Lennox Munday est né en 1922 à Birmingham. Pendant la seconde guerre mondiale, il sert dans la « Home Guard ».  Il travaillera ensuite chez Philips avant d’intégrer l’Université de Birmingham et y obtenir une licence en physique et en chimie.

C’est en 1955, qu’à l’instigation d’un ami physicien, il rejoint à Genève, l’équipe qui, sous la direction de John Adams, construit le PS :  le Synchrotron à Protons du CERN.  Il a la responsabilité de la construction du système à vide du futur accélérateur.

Peu après le démarrage de cette nouvelle machine, le chef de division, Pierre Germain, lui confie la tâche de créer un groupe chargé d’aider les physiciens utilisateurs à préparer et réaliser leurs expériences.  C’est son équipe qui gère les zones expérimentales, calcule, puis met en place et fait fonctionner les faisceaux dans lesquels les physiciens ont installé leur équipement.

Une troisième phase de sa carrière débutera en 1973, lorsqu’il prendra la succession de Peter Stanley à la tête de la division Machine PS (MPS).  Sous sa direction, le PS initialement conçu pour produire et accélérer des protons et des particules secondaires vers des zones expérimentales dédiées va se transformer progressivement en une machine à fonctions multiples, capable de fournir des faisceaux adaptés à d’autres machines et surtout capable de satisfaire de nouveaux besoins que personne n’imaginait au moment de sa construction.  Il y aura ainsi la nouvelle grande machine du CERN, le Super Synchrotron à Protons SPS.  C’est sous sa responsabilité que se construira l’accumulateur d’antiprotons (AA) qui permettra ultérieurement de réaliser le programme ppbar et conduira à la découverte des bosons W et Z et à l’octroi du prix Nobel à des physiciens du CERN.

Ce sera encore sous son mandat à la tête du PS, qu’il sera imaginé d’utiliser celui-ci pour produire et pré-accélérer les électrons et les positons destinés à la grande machine suivante :  le LEP.

Enfin et c’est probablement une partie moins connue de son action, il va faire analyser minutieusement tous les aspects du fonctionnement du PS et lancer un programme de développement et de consolidation.  Cette solidité technique et opérationnelle bâtie par Gordon assurera le fonctionnement régulier du collisionneur protons-antiprotons SppbarS et du LEP jusqu’aux années 1990, bien après son départ à la retraite.  Son héritage se prolongera encore au-delà, dans les années 2000, avec l’alimentation en protons et en ions du LHC par le PS.

Le rôle de Gordon au PS ne s’est pas limité à des aspects techniques et administratifs.  Il a manifesté tout au long de sa carrière des qualités humaines et d’écoute envers ses collaborateurs qui lui ont assuré respect et attachement.  Il a contribué à développer et à maintenir l’esprit de corps des membres de sa division, ce qui n’a pas peu influencé ses performances et ses succès.

Parti en retraite en 1987, il reste proche du CERN et de son personnel et accepte la présidence du GAC, le Groupement des anciens du CERN.  Il sera leur porte-parole auprès des dirigeants de l’Organisation et il réussira à maintenir la prise en compte de leurs préoccupations dans des circonstances qui se révéleront de moins en moins faciles.

Ses anciens collègues et amis du PS.
Le Comité du GAC-EPA se joint à cet hommage.

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Hommage Paul Déchelette

Paul Déchelette nous a quittés au début d’octobre.  Nous avons été très nombreux à lui faire nos adieux, c’était là le signe de sa popularité, de l’amitié et du respect qu’il avait su susciter bien au-delà du monde du travail.

Après les années de formation à Roanne (France) où il était né, Paul était entré au CERN en février 1959, au temps des premières expériences où tout était à faire et à inventer.  Il avait rapidement rejoint un groupe de physique où ses qualités avaient été tout de suite très appréciées.  

Pour lui, tout devait être parfait, et d’un petit croquis il sortait des bijoux de précision.  Dans la préparation des expériences les solutions qu’il savait trouver à de nombreux problèmes faisaient de lui un élément essentiel dans la vie du groupe.  Il était toujours prêt à partager son savoir-faire, avec discrétion, disponibilité et un fort sens de responsabilité, sans jamais se mettre en avant. Son calepin noir où il écrivait de sa belle écriture faisait référence.  Il n’est pas surprenant qu’il se soit fait beaucoup d’amis.  Il était, entre autres, un des piliers du Club de Ski, et on ne compte pas les Cernois qui ont appris à skier avec lui.  Il savait également faire la fête quand l’occasion se présentait.  Que sa femme Eliane et ses enfants Philippe et Isabelle et leurs familles soient assurés de notre souvenir reconnaissant.

Maria Fidecaro & Guiseppe Fidecaro

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Hommage Frank H. DOUGHTY

Frank est entré au CERN en 1957.  Jeune apprenti, il commença en bas de l’échelle pour devenir plus tard un spécialiste experimenté dans la rectification de haute précision à l’UKAEA (équivalent au CEA français).

Au CERN, il travailla d’abord à l’Atelier Principal, puis au Linac du PS. En 1962, il devint le technicien mécanique en charge de la première grande expérience neutrino.  En 1963, il joignit le Groupe d’Assistance technique de la Divison NP où il fut responsable, jusqu’à sa retraite, de la supervision du Labo mécanique et de son personnel.

Frank était un homme intelligent, compétent et sympathique.  Il était poli et respectueux envers tous, indépendamment de leur position.  A l’UKAEA il avait été délégué du personnel et avait appris à obtenir des résultats par la persuasion plutôt que par l’autorité.  Il était modéré et plein de tact , mais savait défendre ses points de vue de manière ferme et claire.  Il savait aplanir les difficultés avant qu’elles ne deviennent sérieuses.  Il défendait les personnes et les principes de façon simple et directe.  Si quelque chose n’allait pas, il s’en occupait jusqu’à en identifier et corriger les causes.  Lorsqu’il s’agissait d’une personne, il n’était satisfait qu’une fois que celle-ci avait retrouvé un bon niveau de confiance et d’efficacité.  Bien des gens ont vu leurs problèmes résolus, mais peu d’entre eux ont compris combien d’effort et de patience Frank avait investi dans leur cas, agissant plus en ami qu’en collègue.

Frank avait un sens de l’humour exceptionnel, presque sans limites.  Il était Londonien, très attaché à sa ville et fier de la résistance courageuse de celle-ci pendant la guerre.  C’est cette période qui a éveillé en lui l’intérêt pour l’histoire et les événements du dernier siècle dont il était bien au courant.

Avant tout, Frank était un homme d’une grande sagesse, décidément supérieure à la nôtre. Nous avons beaucoup appris et nous avons encore beaucoup à apprendre de son exemple.

Ses amis et collègues

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Hommage Henri Bertrand

Henri Bertrand, Riquet pour les amis et collègues de l’ancienne Division NP (Nuclear Physics), était entré en 1963 dans le Groupe d’Assistance Technique, au début d’une nouvelle expérience neutrino. Officiellement comme mécanicien, il s’est occupé d’un nombre de projets sur lesquels il a laissé la marque de son intelligence et de ses capacités professionnelles.

Ainsi il a participé à la construction de caméras automatiques de grandes dimensions et de chambres à étincelles à plaques et à feuilles minces pour passer ensuite aux chambres à fils et aux compteurs proportionnels multifils. C’est dans ce domaine qu’il était devenu un spécialiste et connu par beaucoup de physiciens.

Dans toutes ses activités il mettait une grande volonté de réussir; qu’il s’agisse d’une soudure difficile, de réparer des pièces délicates de mécanique ou même de bâtir une maison, son aide était généreusement disponible pour nous tous. Nous sommes nombreux à avoir apprécié ses conseils et à être devenus ses amis.

Nous nous rappelons son esprit vif, son sens de l’humour, sa cordialité courtoise et amicale. Son adolescence avait été marquée par la deuxième guerre mondiale, quand son père cheminot aidait des personnes en difficulté à trouver un refuge en Suisse. C’est peut-être là l’origine de la sagesse et de l’expérience humaine de Riquet. Le souvenir de ses qualités restera toujours avec nous.

Ses amis et collègues

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Hommage Ernst Hugi

C’est avec tristesse que nous avons appris le décès de notre collègue Ernst Hugi le 8 mars 2004. 

Après avoir exercé des activités techniques dans l’Union Indienne, Ernst Hugi est entré au CERN dans les premières années du Laboratoire dans le cadre de la Division Engineering où il s’est occupé des infrastructures du PS. Il réalisa les installations de refroidissement de l’accélérateur et de ses zones expérimentales, qu’il exploita dans le cadre de la Division PS.

Après s’être occupé des installations de refroidissement des ISR, il rejoignit la Division SPS dès le début du projet, pour étudier puis réaliser les installations de refroidissement et de conditionnement d’air de cette machine et de ses expériences. La grande puissance calorifique à éliminer l’obligea à travailler conjointement avec les autorités du canton de Genève pour faire appel à l’eau du lac puisée dans les nouvelles installations du Vengeron. Son intérêt pour la nature le rendit très sensible aux problèmes des eaux de rejet. Il s’occupa de ces installations jusqu’à la fin de sa longue, fructueuse et passionnante carrière au CERN en 1989.

Une grande part de ses nombreuses et importantes réalisations essentielles pour le CERN subsistent après lui, et sont le témoignage pour les nouvelles générations d’ingénieur du savoir technique et du soin qu’il portait à son travail.

Il s’est retiré dans les montagnes du Jura pour vivre au sein d’une  nature encore préservée. Nous espérons que la communion avec cette nature qu’il aimait tant a pu apaiser un peu sa dernière et pénible étape.

Le GAC (Groupement des Anciens du CERN) lui doit de la reconnaissance pour sa contribution au développement du Groupement : il a en particulier participé au lancement des permanences mensuelles, qui sont toujours très appréciées par les retraités et futurs retraités.

Nous garderons de lui le souvenir d’un homme de bien, expert et consciencieux dans ses réalisations, et simple dans ses contacts

O. Bayard

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Hommage Antoine Magouriotis

C’est par une belle journée de printemps qu’Antoine nous a quitté là-bas dans son si beau pays, la Grèce. Depuis plusieurs années il était atteint par une très grave maladie: la leucémie. Il lutta avec courage et confiance, faisant régulièrement des séjours hospitaliers à Athènes et continuant à faire avec amour son huile d’olive et son vin dans sa propriété sise au bord de la mer des Cyclades à Naoussa dans l’île de Paros. Fin mai nous devions à nouveau passer quelques journées en famille à Paros avec lui et sa charmante et si accueillante épouse, Kiki. Tous, nous nous en réjouissions mais la vie ne permet pas de toujours réaliser ses rêves et le 31 mai il s’est éteint. Je sais qu’Antoine est parti serein car il était très croyant et avait foi dans une destinée éternelle; partageant sa conviction, je sais qu’un jour je reverrai mon ami.

C’est en 1977 que j’ai accueilli Antoine dans notre groupe. Il venait travailler avec moi dans le groupe Zichichi pour réaliser un appareillage complexe et nouveau: une grande chambre à dards pour rechercher les quarks libres éventuellement libérés dans les interactions neutrinos à très haute énergie avec la matière. Il fut l’un des hommes indispensables qui permirent de mener à bien cette aventure. Ses compétences, sa minutie, ses dons en mécanique de précision firent merveille. C’était encore le temps béni au CERN où les moyens étant assurés, l’enthousiasme de chacun régnait pour accomplir nos recherches sans compter notre temps. Bien des fois Antoine venait la nuit durant les temps de faisceaux pour discuter avec les physiciens et s’assurer du bon fonctionnement de l’appareillage, sans autre consigne que celle de sa conscience professionnelle, de l’intérêt qu’il prenait au but de nos recherches, et de son souci de perfection. C’est grâce à des professionnels tels que lui que le CERN a pu réaliser de grands projets et asseoir sa réputation mondiale de Centre d’Excellence pour la Physique des Hautes Energies: nos Prix Nobel le savent bien.

En octobre 1989, profitant des conditions exceptionnelles de départ en retraite avancée offertes à l’époque par le CERN, il prit congé et partit dans son île de Paros. Dès lors, nous n’avons pas cessé de nous rencontrer et nous avons passé de nombreuses petites vacances chez l’un ou chez l’autre. C’est alors que j’ai pu encore mieux apprécier son amitié, sa fidélité et toutes ses qualités. Chez lui à Paros il avait reconstitué un véritable petit atelier pour s’occuper de sa maison et de sa terre, devenant petit à petit un vrai îlien attaché à la culture de ses oliviers et de sa vigne qu’il avait lui-même plantés. Ses voisins, les habitants de Naoussa, Le Pope étaient tous ses amis et ensemble, dans une atmosphère si chaleureuse, ils aimaient à discuter longuement à la taverne comme seuls les Grecs savent le faire, l’ouzo, les morceaux de poulpe grillés offrant le prétexte à des départs toujours retardés.

Plus encore que ses qualités professionnelles, je voudrais souligner ses qualités humaines. C’était un ami fidèle et dévoué, toujours de bonne humeur, aimant la vie, grec jusqu’au bout des ongles, très cultivé (il parlait le grec ancien avec son Père, peintre et restaurateur d’icônes). Il adorait la bonne chère, mais rien ne valait à ses papilles les petits plats grecs de Kiki, et je partage bien cette opinion!

A l’apéritif, il aimait à dire d’un certain Ouzo, avec son accent si typique: « Il est ” bonne cette” Ouzo! », j’en avais alors déduit faussement que l’Ouzo était un breuvage féminin! Il avait une passion pour la famille et aimait par-dessus tout être entouré d’amis fidèles, partageant ses passions.

Antoine était profondément croyant et souvent nous discutions de cette vie qui nous attendait au-delà de la mort, des mystères de la foi et de la chance que nous avions de croire à toutes les valeurs morales exceptionnelles transmises par notre religion.

A très bientôt, Antoine, mon ami. Je viendrai souvent te rendre visite à Paros où maintenant tu reposes en paix, car pour moi tu seras toujours vivant.

François ROHRBACH

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Hommage Charles Peyrou

Charles Peyrou a marqué de sa personnalité trente ans de vie au CERN. Il est décédé le 6 avril 2003.

Né le 18 mai 1918 à Oloron-Sainte-Marie (France), il effectua ses études à l’Ecole Polytechnique, devenant élève de la première classe de Louis Leprince-Ringuet, en 1936. Ainsi, fit-il partie du petit noyau de physiciens enthousiastes, participant aux premières expériences sur les rayons cosmiques. En 1938, leur première chambre voyait le jour, une grande chambre de Wilson dans un champ magnétique, déclenchée par compteurs Geiger. Après la guerre, nommé ingénieur en chef d’un grand Corps de l’Etat, il fut détaché auprès de son ancien laboratoire pour reprendre les recherches sur les rayons cosmiques, avec l’installation au Pic du Midi de deux chambres superposées. Cet appareil s’avéra très efficace dans l’étude des particules étranges que l’on commençait à apprivoiser. Pour la première fois, la désintégration d’un kaon en muon et neutrino put par exemple bien être identifiée. On était alors heureux avec une cinquantaine de “bons” évènements par an! Mais les accélérateurs avançaient. En Europe le CERN se construisait… Charles, déjà Maître de Conférences à l’Ecole Polytechnique (1946-1954), devint professeur à l’Université de Berne (1954-1958) y assurant un cours jusqu’en 1974. A contre-courant d’un certain scepticisme, il se dédia complètement à l’aventure européenne.

Au CERN, dès 1957, Charles assura la transition vers les Chambres à Bulles. D’abord chef du Groupe de Chambres à Bulles, puis Chef de la Division des Chambres à Traces dès 1961, il fut enfin pendant 10 ans à partir de 1966 Directeur du Département de Physique II comprenant la Division des Chambres à Traces. Sa profonde compréhension de la physique comme de l’ingénierie lui permettait de parler avec une égale autorité aux physiciens et aux ingénieurs. Son tempérament généreux, puissant, réaliste, son intuition exceptionnelle de la physique, sa ténacité et son imagination, permirent à la physique des Chambres à Traces de connaître un remarquable développement.

Il dirigea la construction successive des chambres à bulles à Hydrogène de la toute première de 10 cm, celle de 30 cm en 1959, de 200 cm en 1965, jusqu’à BEBC, dotée d’un aimant supraconducteur et qui collectionna plus de 6 millions de photographies. L’impact technologique fut important surtout pour la cryogénie et la supraconductivité. Parallèlement, Charles fournit un support important à la communauté européenne des utilisateurs de chambres à bulles, afin que les physiciens conduisent leurs recherches dans les instituts des divers Etats Membres.

Quand la page des chambres à bulles fut tournée, Charles maintint un intérêt actif dans la vie du CERN. Il aimait discuter avec les jeunes physiciens des tous derniers résultats de physique. Sa vigueur, son goût prononcé pour les mathématiques, sa mémoire étonnante, sa faconde rendaient mémorable chacune de ces rencontres. Son sens de l’organisation et sa grande expérience continuèrent à profiter à l’ensemble du laboratoire.

Au revoir Charles, et merci.

(repris du CERN weekly bulletin 17/2003)

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Hommage Dave Warner

David J. Warner est entré au CERN dans le Groupe Linac de la Division du Proton Synchrotron (PS), déjà un physicien des accélérateurs accompli pour avoir travaillé sur des accélérateurs linéaires de protons à “University College”, Londres, et au “Rutherford High Energy Laboratory”. C’est à l’University College qu’il avait fait ses études de sciences et soutenu sa thèse.

C’est à la Division PS que David a effectué sa brillante carrière de 34 ans au CERN. Il a participé par des contributions essentielles aux plus importants projets de Linac du CERN: le nouveau linac à protons de 50 MeV (Linac2), achevé en 1978, le Linac injecteur des électrons-positrons de LEP (LIL), qui a fonctionné de 1987 à 2001, et le Linac à ions lourds (Linac 3) qui, tout comme Linac 2, sera utilisé pour le LHC pour les décennies à venir. Pendant ses dernières années au CERN, David a contribué à une des visions pour l’avenir à long terme du CERN, l’étude d’un collisionneur électron-positron Multi-Tev (CLIC).

Le travail de David avait un large éventail: il couvrait la dynamique des faisceaux et les calculs de structures du linac, la comparaison des simulations aux mesures, les études pratiques et les propositions de construction aussi bien que le travail dans la salle de contrôle. Il combinait une profonde connaissance théorique à un sens aigu des solutions pratiques et pragmatiques. Il a été un de ceux qui ont mené l’équipe qui a fondé la collaboration avec LAL pour LIL, ainsi que celle qui construisit Linac 3.

Les raisonnements indépendants et originaux de David, sa compétence, son haut niveau et son intégrité proverbiale, sa gentillesse, faisaient de lui l’homme à qui on demandait souvent conseil.

Son amabilité naturelle transformait en plaisir et en privilège le travail avec lui. Son amitié nous manquera beaucoup.

Kurt Hübner

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Hommage Leo Scherrer

Quand le CERN était encore jeune et la cryogénie une nouvelle activité mystérieuse, Leo Scherrer assurait l’alimentation de quasi toutes les activités du CERN en azote, hydrogène et hélium liquides. Il était le chef du liquéfacteur, et le liquéfacteur grandissait avec lui grâce à son art de se débrouiller. Par sa ténacité, Leo réussissait à surmonter des obstacles désespérés et à trouver des solutions in extremis pour beaucoup de collègues.

Remarquable était son zèle d’apprendre toutes les langues de notre organisation internationale. Avec chaque collègue qui l’acceptait il s’efforçait de parler sa langue. Ainsi il pouvait bientôt se débrouiller en suédois, en portugais et en grecque.

Leo a pris sa retraite en 1980 à l’âge de 65. Il a profité des années qui lui restaient pour voyager en Asie et Afrique avec tous les moyens de transport qu’on peut s’imaginer. Son épouse Anni, qui ne pouvait pas toujours l’accompagner, possède une collection de cartes postales illustrées dignes d’un musée.

Les dernières années de vie de Leo étaient très dures. Il souffrait du diabète; il a dû être amputé d’un pied et passer plus de deux ans au lit dans une résidence de retraite. Son épouse lui rendait visite tous les jours. Les deux étaient inséparables.

Pour Leo, la mort était une délivrance. Nous souhaitons à Anni Scherrer la force et la foi de garder son équilibre vital, qui a été une si grande aide pour Leo pendant ses dernières années.

Jörg SCHMID